L’usure de compassion et le traumatisme indirect

Bien qu’il puisse être extrêmement gratifiant de travailler en tant que professionnel ou dans un rôle d’aidant, il est de plus en plus reconnu que ce travail peut avoir des répercussions importantes sur les travailleurs et les aidants. L’usure de compassion et le traumatisme indirect peuvent faire partie de ces répercussions.

L’usure de compassion désigne l’épuisement émotionnel et physique profond que peuvent éprouver les professionnels et le personnel soignant relativement à la relation thérapeutique. C’est une érosion progressive de tout ce qui nous permet de maintenir des liens avec les autres : notre empathie, notre espoir et notre compassion, non seulement envers les autres, mais aussi envers nous-mêmes (F. Mathieu, 2012).

Le traumatisme indirect peut découler d’une exposition cumulative à des images et à des histoires traumatisantes. L’exposition à des éléments traumatiques peut provenir d’expériences professionnelles ou personnelles. Les aidants remarquent que leurs croyances fondamentales sur le monde sont altérées ou endommagées par l’exposition répétée à des éléments traumatisants. Même s’ils n’ont pas vécu un évènement ou des évènements eux-mêmes, ils peuvent être traumatisés par les images et les détails reliés à ceux-ci. (F. Mathieu, 2012).

Voici une liste des signes et des symptômes (adaptée du livre de Françoise Mathieu, 2012).

  • Épuisement physique et émotionnel
  • Trouble du sommeil
  • Maux de tête, migraines
  • Risque accru de maladie
  • Malaises physiques liés au stress ou anxiété envers la santé physique
  • Dépression
  • Consommation de substances ou dépendance comportementale
  • Absentéisme au travail
  • Ressentiment, colère, irritabilité
  • Sens des responsabilités exagéré
  • Éviter les tâches associées au rôle et aux responsabilités d’aidants
  • Appréhension d’avoir à travailler avec certains clients
  • Qualité des soins compromise
  • Départ, congés de maladie
  • Se détacher des autres
  • Capacité réduite à prendre des décisions
  • Moments d’oubli
  • Problèmes dans les relations personnelles
  • Capacité réduite à éprouver de la sympathie et de l’empathie
  • Faire preuve de cynisme envers les collègues, les clients, la famille, les amis
  • Pensées négatives envers soi-même et sur ses compétences
  • Sentiment d’impuissance, de désespoir ou d’incapacité à faire une différence
  • Sentiment de plaisir amoindri
  • Périodes d’amnésie, « avoir un regard vide »
  • Altération de la vision du monde (c.-à-d. capacité à voir le monde comme un endroit sûr), anxiété et peur accrues
  • Plus grand sentiment de vulnérabilité personnelle
  • Incapacité à tolérer les émotions fortes
  • Problèmes par rapport à l’intimité
  • Hyper vigilance (sensibilité exacerbée concernant les menaces possibles dans le cadre du travail)
  • Images intrusives
  • Hypersensibilité ou insensibilité envers des situations ou un contenu émotionnel
  • Difficulté à séparer la vie personnelle de la vie professionnelle
  • Incapacité à alimenter les aspects personnels de la vie

Les stratégies pour faire face à l’usure de compassion ou au traumatisme indirect peuvent être professionnelles, organisationnelles et personnelles.

Organisationnelles et professionnelles :

  • La sensibilisation à l’usure de compassion et à ses conséquences sur une personne en milieu de travail contribue à normaliser l’expérience pour les aidants.
  • Instaurer un environnement de travail favorable qui encourage le débreffage lié aux éléments relatifs au travail.
  • Prendre des pauses régulières, des journées de santé mentale et profiter d’un soutien des pairs.
  • Évaluer et modifier la charge de travail, ce qui peut mener à rééquilibrer le nombre de cas et à réduire la charge de travail.
  • Améliorer l’accès au perfectionnement professionnel et à la formation.
  • Offrir au personnel la possibilité de discuter en toute sécurité des répercussions du travail sur leur vie personnelle et professionnelle.

Personnelles :

  • Améliorer l’autogestion de la santé (consacrer du temps aux loisirs et aux passions qui suscitent un « bien-être » personnel).
  • Maintenir un soutien social à la fois à la maison et au travail.
  • Accroître sa conscience de soi (être à l’écoute des signes de stress).
  • Réfléchir aux réactions et sentiments actuels ainsi qu’aux influences des expériences passées.
  • Surveiller l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée.
  • Faire le point sur la satisfaction au travail.
  • Limiter l’exposition à des éléments liés aux traumatismes (p. ex., les reportages, les films).
  • Bénéficier d’une supervision, d’un encadrement et de thérapie de façon régulière pour contrebalancer toute vulnérabilité existante (par exemple, antécédents personnels de traumatisme).

The Compassion Fatigue Workbook, Françoise Mathieu, 2012